« Les CCE sont les réservistes de l’économie »

Morane Rey-Huet, Président des conseillers du commerce extérieur de la France et d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Nommés au Journal officiel par le Premier ministre pour trois ans renouvelables, les 4 900 conseillers du commerce extérieur de la France, implantés dans 152 pays, font remonter à leurs deux ministères de tutelle, le quai d’Orsay et Bercy, les signaux économiques faibles détectés lors de leurs activités à l’international. Morane Rey-Huet, dirigeant de Meersens à Lyon et expatrié pendant plus de 15 ans, préside les comités national et régional.

Quelles sont les missions des conseillers du commerce extérieur (CCE) ?

« Elles sont de quatre ordres. Le premier est d’éclairer les décisions par des conseils aux pouvoirs publics. Le deuxième est d’aider les entreprises aux côtés de la Team France Export constituée de la Région, de Business France, de la CCI régionale et de Bpifrance. Le troisième est d’inspirer les talents par la formation des jeunes à l’international. Enfin, le dernier est de promouvoir l’attractivité de la France pour attirer des investisseurs étrangers.

Qui peut devenir CCE, et comment ?

Cela résulte d’un processus de trois à six mois, avant la nomination au JO, depuis la cellule de cooptation du comité local jusqu’aux ministères, en passant par les préfectures et les services de renseignement et fiscaux de l’État. Le candidat doit justifier d’une expérience de plus de cinq ans à l’international, souvent d’une expatriation. Nos CCE sont ainsi des patrons de PMI ou de start-up avec un chiffre d’affaires à l’export significatif, des présidents ou des vice-présidents internationaux de grands groupes disposant de filiales à l’étranger. Nous veillons à un équilibre dans les tailles d’entreprises et les secteurs d’activité pour des remontées d’informations diversifiées.

Quel est leur poids en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Nous sommes un comité hors norme, l’un des plus important au monde ! Auvergne-Rhône-Alpes compte 260 CCE sur les 1 600 en France. Je pilote le comité régional et la commission France. L’activité industrielle historiquement dynamique de notre région portée par de nombreuses entreprises exportatrices explique cette forte représentativité. De plus, notre soutien à la candidature, au niveau mondial, de Sophie Sidos-Vicat, la 7e génération du cimentier Vicat dans l’Isère, l’a conduite à la tête du réseau en 2023.

Comment les CCE influencent-ils la vie économique ?

Nous sommes tous passionnés de la France et du monde. Par nos activités professionnelles, nous avons à cœur de contribuer au rayonnement de la France. Nous sommes les réservistes de l’économie de la France. Notre rôle est de faire remonter les signaux faibles pour permettre aux acteurs institutionnels d’arbitrer leurs choix au service des territoires et ainsi de la France.

Avez-vous un exemple d’un changement décidé grâce à la veille des CCE ?

Depuis notre territoire d’Auvergne-Rhône-Alpes, nous nous sommes battus pour montrer les dangers que faisait courir à nos entrepreneurs le fait d’une visibilité et d’un accès trop facile à nos informations aux greffes. L’adresse d’une holding familiale peut entraîner des home-jackings. Nos livres de comptes mettent nos entreprises à nu en pointant des points faibles qui peuvent susciter des M&A agressifs. Les entreprises asiatiques ont accès à nos données, mais nos entreprises n’ont pas accès aux leurs. Depuis l’été 2025, la loi Transparence redéfinit et consolide ainsi le droit à l’effacement des données personnelles.

Quel regard portez-vous sur la mission des experts-comptables aux côtés des entreprises qui commercent à un niveau international ?

Accompagner une entreprise qui exporte ou qui possède des filiales à l’étranger demande une finesse opérationnelle de la part des cabinets d’expertise comptable. Pour ce type de mission, les collaborateurs des cabinets doivent parler anglais, se déplacer dans les filiales pour comprendre le métier de leurs clients, mais aussi leurs produits et le pays dans lequel ils évoluent. Les experts-comptables qui prennent le temps de voyager dans les filiales apportent de réels conseils à l’entreprise sur les questions de stratégie fiscale, de prix de transfert, d’investissements, de M&A, de trésorerie… L’expert-comptable doit mettre du sens derrière les chiffres. Il joue le rôle de partenaire de confiance, garant de la maîtrise et de la conformité des opérations internationales. »