Forum de la facturation électronique : 1 100 participants avides de conseils

Près de 600 experts-comptables et 500 collaborateurs financiers d’entreprises ont arpenté les stands des partenaires, les plénières et les ateliers proposés à la Cité internationale de Lyon le 20 janvier dernier. Tous ont trouvé des réponses, en fonction de leur niveau d’appréhension de la réforme et avant la phase opérationnelle de la facturation électronique.

Le 1er septembre 2026, les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) devront émettre des factures électroniques ; et la réception deviendra obligatoire pour toutes les structures, quelle que soit leur taille. Le choix d’une plateforme agréée par l’État est un enjeu stratégique autour d’une nouvelle organisation qui implique l’entreprise mais aussi ses relations avec son expert-comptable. « La facturation électronique est un défi sur lequel nous travaillons depuis maintenant des années, mais elle est surtout une formidable opportunité pour collaborer différemment et améliorer la performance. L’expert-comptable reste l’interlocuteur privilégié pour une bonne mise en place de la réforme », affirme Damien Cartel, président de l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes, organisateur de ce Forum de la facturation électronique. À ses côtés, les partenaires institutionnels et économiques locaux ont échangé pour lever les derniers freins à la bonne marche de cette nouvelle approche. Retour sur les principales questions. Et leurs réponses.

Les coûts d’adhésion à une plateforme agréée

Question : « Un des objectifs annoncés de la réforme de la facturation électronique est la simplification administrative et ainsi la réduction des coûts de traitement de ce poste pour les entreprises. Or, l’adhésion à une plateforme est payante, entre 20 et 150 euros par mois… Qu’apportent ces services payants aux entreprises ? » Cyril Amprino, secrétaire général de la CPME Auvergne-Rhône-Alpe

Réponses :

Cyrille Sautereau, président de la commission de normalisation de la facture électronique de l’Afnor : « Le cœur de la réforme vise à diminuer le temps consacré par les entreprises à la gestion administrative des factures. Les coûts sont variables et associés à différents niveaux de services qui peuvent avoir du sens selon les typologies des entreprises. Plus de 100 plateformes sont agréées. Cette concurrence permet d’offrir un éventail d’offres, à étudier de près pour choisir celle adaptée. »

Laurence Biboud, vice-présidente de l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes : « Il existe déjà des coûts cachés pour le traitement du poste facturation. La réforme et l’accès à des plateformes dotées de services adaptés aux besoins des entreprises apporteront de la fluidité dans les process. »

Simplification et valeur ajoutée

Question : « Nos artisans et commerçants sont inquiets. La facturation électronique est un réel drapeau rouge pour nos professionnels complètement portés par leurs métiers. Ils craignent une surcharge administrative, notamment au moment de la mise en place de la réforme. Peut-on espérer une réelle simplification administrative et de la valeur ajoutée pour nos entreprises ? » Marie-Françoise Gondard-Argenti, présidente de l’U2P Auvergne-Rhône-Alpes

Réponse :

Sébastien Rabineau, directeur du projet facturation électronique au sein de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) : « Nous mesurons pleinement la forte inquiétude qui anime vos adhérents mais c’est justement auprès de ces professionnels que les gains de temps et d’efficacité seront les plus forts. Souvent, l’artisan règle les questions administratives sur son temps personnel. Le démarrage nécessitera un investissement en temps, au plus près de son expert-comptable, mais à long terme, les gains seront réels pour alléger le quotidien du dirigeant et lui permettre de se consacrer pleinement à son métier. »

Prévention des difficultés des entreprises

Question : « Au quotidien, le tribunal des activités économiques de Lyon traite les contentieux entre entreprises et leurs difficultés. La facture impayée est souvent au cœur des difficultés des entreprises ; c’est une source de tension de leur trésorerie et d’impact sur leur santé financière. En quoi la facturation électronique agira-t-elle sur la prévention des difficultés des entreprises ? » Bruno Da Silva, président du tribunal des activités économiques de Lyon

Réponses :

Damien Cartel : « Aujourd’hui, nos cabinets rencontrent des difficultés à matérialiser ce sujet des délais de paiement. Demain, les données produites et collectées grâce à la facturation électronique nous permettront de dire à nos clients qui est en retard de paiement et pourquoi, avec la possibilité d’agir plus vite. Le recouvrement peut ainsi être une nouvelle mission proposée par nos cabinets. »

Cyrille Sautereau : « L’échange de données en temps réel offrira à toutes les entreprises, à l’image de ce qui se pratique déjà dans les grands groupes, des outils de pilotage précis. Le traitement de ces données, fiables, précises et rapidement accessibles, permettra d’agir plus vite en cas de factures impayées. »

Sébastien Rabineau : « Les données remontées à la DGFiP vont permettre de détecter les entreprises en difficulté plus vite. »

Plateformes sécurisées et cyberattaques

Question : « Quelles précautions ont été prises pour prévenir les cyberattaques sur ces plateformes agréées ? La maîtrise des risques reste un sujet pour les entreprises et les institutionnels. » Kathie Werquin-Wattebled, directrice régionale de la Banque de France en Auvergne-Rhône-Alpes

Réponses :

Sébastien Rabineau : « L’État et la loi ont exigé un certain nombre de critères de sécurité pour agréer les plateformes. Citons le RGPD, la norme ISO 27001, un cloud aussi sécurisé que les outils de l’État, des plateformes qui opèrent depuis le sol européen… Les plateformes agréées ont pour mission de sécuriser les échanges mais nous savons tous que le risque zéro n’existe pas. En revanche, tout est organisé pour limiter au maximum les risques et se protéger mutuellement. Les 100 plateformes agréées sont listées sur le site du gouvernement et arborent le logo tricolore. »

Cyrille Sautereau : « En choisissant d’agréer plus de 100 plateformes, et pas une seule, la France sécurise son dispositif. »

L’accompagnement des entreprises en local

Question : « La Région Auvergne-Rhône-Alpes accompagne ses entreprises. Comment la facturation électronique permettra-t-elle d’impacter l’économie de manière territoriale pour soutenir les entreprises ? » Sophie Blachère, conseillère régionale

Réponses :

Sébastien Rabineau : « L’État et les collectivités territoriales s’appuieront sur des informations facilement accessibles pour détecter les problèmes et les crises plus rapidement, pour ramener de la vérité et des faits dans les discussions et ainsi intervenir. Ces données guideront les actions politiques pour un meilleur pilotage de l’économie au niveau de l’État, mais aussi au niveau des régions. »

Damien Cartel : « Avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Banque de France, l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes croise les chiffres des différents baromètres économiques. L’analyse sera encore plus fine avec les données collectées mensuellement grâce à la facturation électronique. »

Quid des mesures de tolérance pour les notes de frais ?

Question : « La CCI Auvergne-Rhône-Alpes accompagne les dirigeants dans le passage à la facturation électronique par des réunions de sensibilisation depuis de nombreux mois et des formations pratiques. Les chefs d’entreprise s’interrogent sur les mesures de tolérance pour les justificatifs de notes de frais. La mise en place de la facturation électronique va-t-elle les remettre en cause ? » Serge Boscher, directeur de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes

Réponse :

Sébastien Rabineau : « Sur le sujet des notes de frais, des factures d’essence ou de restaurant, les règles et les tolérances ne changent pas avec l’arrivée de la facturation électronique. En revanche, pour tirer tous les bénéfices de ce dispositif et du préremplissage automatique, qui ne vaut cependant pas déclaration, il faudra trouver des moyens pour basculer vers la plateforme. Seul le mode de transmission diffère. »

Traitement du e-reporting

Question : « Les éditeurs de caisse semblent attendre des informations sur un sujet dont on parle encore peu : le e-reporting. Qu’en est-il ? » Anthony Jeanbourquin, délégué général du Medef Lyon-Rhône

Réponse :

Sébastien Rabineau : « Le sujet est plus complexe et plus difficile à normer. Il fait plutôt partie des problématiques de 2027. Nous nous concentrons pour l’heure sur la mise en place de 2026, l’adaptation du marché à la réglementation, puis, au fil du temps, nous nous pencherons sur le e-reporting. »

Les partenaires économiques et institutionnels locaux du Forum de la facturation électronique