Dans le cadre de la formation des enseignants de l’académie de Lyon, deux journées de rencontres ont été organisées les 29 janvier et 24 mars, dont l’une en partenariat avec l’Ordre des experts-comptables Aura. L’occasion pour les professeurs de partager leurs pratiques entre pairs, de confronter les enseignements dispensés à la réalité des cabinets, et d’analyser l’évolution des métiers de la comptabilité à l’ère de l’intelligence artificielle (IA).
Pour cette première journée de formation, près de 80 enseignants se sont réunis afin d’échanger autour d’une problématique numérique devenue centrale. « Nous avons constaté que les outils utilisés aujourd’hui dans les cabinets ne correspondent plus à ceux que nous enseignons à nos étudiants », remarque Nicolas Paturel, professeur en économie et gestion option comptabilité, et chargé de mission d’inspection. Un décalage également observé lors des visites en stage et en alternance. « Les PGI traditionnels sont délaissés au profit d’applications plus souples, intégrant des technologies d’OCR performantes assistées par l’IA. »
À l’initiative de Nicolas Paturel et de Sandrine Collet, enseignante à La Martinière de Lyon, une enquête a par ailleurs été diffusée auprès des cabinets comptables par l’intermédiaire de l’Ordre. Au total, 178 y ont répondu. Résultats : 63 % d’entre eux utilisent une solution intégrant l’IA pour la génération des écritures comptables. Et 95 % des cabinets ont recours à des solutions de reconnaissance automatique des documents, alors même que les étudiants n’y sont pas préparés.
Des attentes différentes entre cabinets et enseignants
L’enquête révèle aussi que la majorité des cabinets considèrent les étudiants qu’ils accueillent comme insuffisamment opérationnels. « Nous devons suivre des programmes et des référentiels précis. Cette exigence limite l’employabilité directe des élèves, reconnaît le professeur. Mais il revient aussi aux cabinets de compléter l’enseignement théorique par une formation pratique. » Une nécessité d’autant plus forte que les étudiants en BTS rencontrent des difficultés d’accès aux cabinets.
« Certes, ils débutent, mais nous avons besoin de l’implication des professionnels pour développer leurs soft skills et leur transmettre les réalités du métier, souligne Sandrine Collet. C’est en accueillant ces jeunes qu’ils pourront ensuite les fidéliser et en faire leurs futurs collaborateurs. » En conclusion, cette rencontre s’est achevée par la présentation de plusieurs solutions proposées par des éditeurs de logiciels, afin d’accompagner les équipes enseignantes dans l’intégration de ces outils au sein de leurs établissements.
Un nouveau rôle pour les professeurs
La seconde journée, quant à elle, a été consacrée à l’intégration de l’IA dans les enseignements. Ces échanges ont notamment permis de poser les bases d’un cadre commun d’utilisation de cette technologie. « Jusqu’à présent, chaque enseignant avançait de son côté, avec ses propres connaissances et pratiques », explique Nicolas Paturel. Si des chartes d’usage de l’IA existent déjà au niveau ministériel – parfois méconnues par les enseignants – et que certaines formations sont proposées sur la base du volontariat, cette journée a surtout permis de clarifier les usages pédagogiques possibles et les bonnes pratiques.
« Nous constatons que notre métier évolue profondément. Des collègues utilisent désormais l’IA pour concevoir des sujets d’évaluation, créer des supports visuels, préparer des cours ou encore corriger des rapports de stage. De leur côté, les étudiants y ont recours au quotidien, souligne Sandrine Collet. Après une phase de réticence puis d’appropriation, nous comprenons que notre rôle a changé. Notre mission est désormais d’accompagner les étudiants vers une utilisation raisonnée de cette technologie et de développer leur esprit critique vis-à-vis d’elle. »
