Paul Piton, expert-comptable stagiaire au sein du cabinet APL à Angers, intervient sur des sujets liés au numérique, à l’IA et à l’automatisation robotisée des procédés au sein des cabinets d’expertise comptable.
Quels sont les différents types d’IA ?
« Il en existe trois : l’IA générative, l’IA collaborative et l’IA autonome. L’IA générative est capable de produire du contenu à partir d’une instruction donnée par l’utilisateur. Porte d’entrée pour les entreprises, elle permet de rédiger des e-mails ou de comprendre des documents volumineux. Les cabinets utilisent Copilot ou ChatGPT pour ces fonctions. De son côté, l’IA collaborative fait avec nous. Elle accompagne les collaborateurs en cabinet grâce au préremplissage intelligent ou à l’écriture comptable automatisée. Cette IA spécialisée est orientée vers nos métiers, accélère nos process et réduit significativement la charge mentale des collaborateurs. Elle est présente dans de nombreux cabinets. Ces deux premières familles d’IA sont relativement accessibles sans formation ni adaptation du système d’information.
En revanche, l’IA autonome demande davantage de moyens ?
En effet. Aujourd’hui, on peut dire que l’IA générative et l’IA collaborative ne représentent qu’environ 30 % du potentiel d’apport de l’IA pour notre métier. L’IA autonome – les agents IA – fait réellement passer un palier puisqu’elle se substitue à l’homme quand toutes les mesures de sécurité ont été posées au moment du développement et que le cabinet peut réellement avoir confiance en elle. L’objectif de cette famille d’IA est orienté vers le conseil client. Le temps gagné doit être réinvesti dans le conseil auprès des clients. De tels agents IA peuvent, par exemple, faire la révision de certains cycles comptables. Dans notre cabinet, à fin 2026, nous estimons qu’environ 30 % de nos diligences de révision pourront être réalisées avec l’appui de l’IA, avec un objectif de 60 % à horizon 2027. Dans les prochaines années, la part des révisions comptables effectuées avec l’aide d’agents IA progressera fortement.
Quels types de données ou d’informations l’IA peut-elle faire remonter et comment les exploiter ?
Prenons l’exemple simple des consommations d’électricité d’une entreprise, information à disposition dans les éléments comptables. Un poste de consommation d’électricité qui augmente de 30 % peut être détecté automatiquement pendant le cours de l’année et analysé pour connaître la raison d’un tel écart. Et ainsi donner des informations et du conseil en les corrélant avec les prix du marché pour fournir, à un client boulanger par exemple, des arguments pour piloter efficacement ses coûts liés à l’énergie. Autre exemple : un bail commercial de plusieurs dizaines de pages contient une foultitude de données sur la localisation du bien, le montant des loyers, les dates de réindexation, les clauses spécifiques, la fiscalité applicable… Une fois ces données structurées et analysées par l’IA à partir de mots clés ou d’extractions pertinents, les cabinets pourront les exploiter facilement en identifiant des points d’attention pour apporter à leurs clients des conseils à forte valeur ajoutée, notamment en matière d’optimisation ou d’anticipation des évolutions contractuelles et fiscales.
Vous évoquez des cabinets davantage proactifs.
Complétement. Bien utilisée, l’IA permettra de faire plus vite et mieux sur les volets purement comptables pour se concentrer sur des missions de conseil à très forte valeur ajoutée en étant proactifs. Il est urgent de se rendre compte de l’or que nous avons à notre disposition. Les entreprises ont pleinement confiance en leur expert-comptable. Associée à des outils d’IA parfaitement bien maîtrisés, cette confiance renforcera la place des experts-comptables dans le soutien aux entreprises. »
