« Ici, l’État et le monde économique savent travailler en bonne intelligence »

Fabienne Buccio

Préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes, préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est, préfète du Rhône

Fabienne Buccio a été nommée préfète de la région par décret du président de la République le 11 janvier 2023. Habituée des grandes régions, elle avait exercé en Nouvelle-Aquitaine et en Normandie avant son arrivée à Lyon. Elle accorde une importance particulière à l’accompagnement des entreprises et se positionne en « facilitatrice » pour soutenir leur développement.

Quels sont les atouts d’Auvergne-Rhône-Alpes, selon vous ?

« La première région industrielle de France, même si ce secteur connaît un essoufflement actuellement, est une puissance économique forte. Plus forte que les autres régions françaises. Ici, je constate chaque jour que l’État et le monde économique savent travailler en bonne intelligence. L’économie constitue le cœur vivant de ce territoire.

Comment collaborez-vous avec ce monde économique ?
Je suis persuadée qu’un chef d’entreprise n’attend pas les aides de l’État pour développer son entreprise. Notre mission de facilitateur nous permet de travailler avec une entreprise en temps masqué, dans un souci d’efficacité, pour faciliter son installation sur le territoire par exemple. État et entreprises collaborent aussi au cours des phases de croissance. L’État lance des sujets forts et s’y engage, comme ceux de la décarbonation, de la transition énergétique ou de l’innovation, grâce à des aides financières. Il se positionne en accélérateur pour des projets structurants qui nécessitent des investissements importants. Enfin, les services étatiques demeurent présents pour orienter et accompagner les entreprises lorsqu’elles rencontrent des difficultés (détection des fragilités, procédures adaptées, etc.).

Le rôle de France 2030 est d’accélérer des projets structurants. Pouvez-vous faire un point des investissements publics engagés ?

Depuis le lancement du programme France 2030, notre région totalise 7 milliards d’euros d’aide qui soutiennent 1 400 projets, ce qui correspond à 23 % des aides distribuées en France. En plus du volet national, un volet régional coordonné avec le conseil régional, et doté de 120 millions d’euros, permet de soutenir les projets des PME et des ETI. France 2030 est réellement destiné à toutes les typologies d’entreprises.

Comment mesurez-vous l’impact de ces investissements publics sur l’économie régionale ?

Il y a de très nombreuses années que l’État français n’avait pas autant investi dans son économie. Nous mesurons ces retombées au fait que certaines entreprises, qui reportaient leurs investissements à trois ou cinq ans, les ont réalisés immédiatement. Ces investissements sont opérés pour soutenir la souveraineté de la France, sa réindustrialisation et des secteurs stratégiques. Je citerais l’entreprise de recyclage MTB dans l’Isère, lauréate de France 2030, qui a reçu des fonds publics pour cofinancer la création d’une chaîne supplémentaire destinée au recyclage des métaux critiques. C’est concret.

Comment faites-vous le relais entre le terrain, les entreprises et les acteurs économiques locaux, et les décisions nationales ?

Avec les directeurs des services locaux, nous sommes en lien avec le ministre de l’Industrie pour parler de nos entreprises, de celles qui comptent s’implanter ici et investir, mais aussi des procédures en cours, de leurs besoins et de leurs attentes. Ce dialogue est nouveau, important et très fort avec nos ministres.

Quelles sont les perspectives pour Auvergne-Rhône-Alpes ?

Nous sommes la seule région en France à nous appuyer sur une multitude de très grands projets : le chantier du tunnel Lyon-Turin ; la construction de l’EPR2 à proximité de la centrale du Bugey, dans l’Ain ; la construction d’un collisionneur de particules haute performance au Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire, NDRL), dans l’Ain toujours ; ou encore le contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise (CFAL)… Auvergne-Rhône-Alpes est une terre de projets et de développement économique dynamique.

Quelle votre vision de l’Ordre des experts-comptables et des experts-comptables ?

Au moins tous les deux mois, lors des Petits déjeuners de l’éco, avec les partenaires locaux, je constate que les experts-comptables et l’Ordre donnent le la des discussions. Au cœur des entreprises, ils mesurent mieux que quiconque leur situation économique et financière. Leurs paroles sont un marqueur fort de nos échanges. D’autre part, nos services recevant les entreprises, en difficulté ou au moment d’accorder des financements, sont rassurés lorsque celles-ci sont accompagnées de leur expert-comptable, gage qu’elles sont entourées de professionnels compétents pour un suivi financier rigoureux. »