« Faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la grande destination touristique et durable »

Directeur de cabinet adjoint à la Région pendant près de dix ans, Geoffrey Mercier a été nommé, en septembre 2025, directeur général d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme. À la tête d’une agence réunissant une soixantaine de collaborateurs, cet ancien journaliste et juriste de formation souhaite faire du tourisme une force durable de développement, de fierté et de qualité de vie pour les habitants.

Quelle est votre feuille de route ?

« Faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la grande destination touristique durable européenne des prochaines années. C’est probablement l’un des territoires les plus complets d’Europe. Mais la nature est un avantage concurrentiel, pas une stratégie. Avoir de beaux paysages ne suffit plus. Il faut les rendre accessibles, lisibles, désirables, durables et transformables en séjours. Ma feuille de route repose sur trois priorités. La première est l’attractivité. Nous devons renforcer nos grandes marques : les Alpes françaises, Lyon, la vallée du Rhône, la Vallée de la gastronomie… La deuxième est la transformation du modèle : plus digital, plus expérientiel, plus durable. Le tourisme de demain sera piloté par la donnée, l’intelligence artificielle et la personnalisation des offres. La troisième est l’équilibre territorial. Le tourisme doit être au service des territoires, pas l’inverse.

Quel bilan dressez-vous de l’activité touristique cette saison ?

Le bilan est solide. Auvergne-Rhône-Alpes confirme son rang parmi les toutes premières destinations touristiques françaises et européennes, soit environ 285 millions de nuitées touristiques et un poids économique proche de 9 à 10 % du PIB régional. Cette performance ne repose pas sur un seul moteur. La montagne reste évidemment un pilier majeur. Mais nous voyons aussi progresser les courts séjours, l’itinérance, le vélo, l’outdoor, les city breaks, l’œnotourisme, le thermalisme…

Comment concilier croissance touristique et sobriété carbone ?

Il faut être honnête : le tourisme parfaitement neutre n’existe pas. Voyager aura toujours un impact. Mais cela ne doit pas nous conduire à l’inaction ou à la culpabilisation. La vraie question est : quel tourisme voulons-nous développer ? Nous pouvons agir sur beaucoup de leviers : rénovation des hébergements, mobilités plus sobres, séjours plus longs, meilleure répartition des flux, consommation locale, préservation des ressources, gestion des espaces naturels, accompagnement des stations. Il peut y avoir des sites où l’objectif n’est pas d’attirer davantage, mais de mieux orienter, parfois de limiter, ou proposer d’autres alternatives. Mais dans d’autres territoires, notamment ruraux ou de montagne, le tourisme reste vital.

Quels chantiers majeurs sont aujourd’hui au cœur de votre action ?

Le Grand Tour Auvergne-Rhône-Alpes est l’un des projets les plus structurants que nous portons. L’idée est de proposer un grand itinéraire régional, avec une application et un site qui accompagnent les visiteurs à travers les territoires. C’est une manière de relier les Alpes, l’Auvergne, les vignobles, les villes, les sites naturels, les patrimoines, les villages, les routes et les expériences locales. Ce projet a trois objectifs : faire rayonner la région, prolonger les séjours et mieux répartir les retombées économiques. Il ne s’agit pas seulement d’inspirer, mais de créer du séjour et de la consommation locale.

Que représentent les Jeux dhiver 2030 pour la région ?

Ils peuvent représenter un formidable accélérateur de notoriété et de transformation. Les Jeux peuvent moderniser l’image des Alpes françaises. L’enjeu est de montrer une montagne vivante, accueillante, responsable, accessible, innovante, qui ne se résume pas à la performance sportive. Toutefois, ils ne seront une réussite que si l’après-Jeux, l’héritage, est plus important que les Jeux eux-mêmes.

Quel regard portez-vous sur la profession d’expert-comptable ? Les experts-comptables sont des acteurs essentiels de l’économie réelle. Ils sont au contact direct des commerçants, hébergeurs, restaurateurs, artisans et associations. Dans le tourisme, leur rôle est particulièrement important, parce qu’une grande partie du tissu économique repose sur des TPE, des PME, des entreprises familiales, parfois très exposées aux variations de saison, aux coûts de l’énergie, aux difficultés de recrutement ou aux besoins de rénovation. »