Ordre et Agaura : Acteurs complémentaires et partenaires

Damien Cartel, président de l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes, et Sylvain Badina, coprésident de l’association Agaura, reviennent sur la complémentarité de leurs missions au service des entreprises, de leurs dirigeants et de l’intérêt général. Regards croisés.

Le Conseil régional de l’Ordre porte un projet immobilier structurant, pensé comme un lieu fédérateur pour la profession. Pourquoi y associer Agaura ?

Damien Cartel : « Associer Agaura à ce projet s’est imposé comme une évidence. Cette association est un acteur historique de la prévention fiscale, reconnue par les confrères pour la qualité de ses équipes et son ancrage auprès des TPE-PME. Nous partageons une même vision : un accompagnement concret, utile et au service de l’intérêt général. Ce projet prolonge une histoire commune et doit permettre de structurer davantage nos synergies.

Quelle place Agaura est-elle appelée à occuper dans cet écosystème aux côtés des cabinets ?

Sylvain Badina : Agaura intervient comme un acteur de proximité, au croisement de l’expert-comptable et du chef d’entreprise. Sa vocation est claire : travailler en partenariat avec les cabinets, en complément de leur accompagnement, notamment sur la prévention et la sécurisation fiscale. Agaura agit ainsi comme un relais opérationnel pour les cabinets et un point d’appui pour les dirigeants, dans le respect de la relation cabinet-client.

Dans un environnement où les offres de services se multiplient, en quoi confier certaines missions aux OGA – dont Agaura – constitue-t-il un partenariat rassurant pour l’expert-comptable ?

D. C. : Les organismes de gestion agréés (OGA), et en particulier Agaura, sont profondément issus de la profession. Leur gouvernance associe souvent des experts-comptables, avec la présence de l’Ordre et de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes dans leurs instances. Cette proximité garantit un cadre d’intervention aligné avec nos exigences déontologiques. Leur méthodologie, leur traçabilité et leur expérience des TPE apportent aussi un vrai gage de transparence et de sécurité pour les cabinets.

La prévention fiscale est au cœur de vos missions. Pourquoi est-elle déterminante pour les TPE ?

S. B. : La prévention fiscale consiste à agir en amont, avant que les difficultés ne surviennent. Pour une TPE, un contrôle fiscal peut avoir des conséquences financières, mais aussi générer un fort stress pour son dirigeant. Notre approche vise à sécuriser les déclarations, à améliorer les pratiques et à aider le chef d’entreprise à mieux comprendre ses obligations, toujours en lien avec son expert-comptable.

L’examen de conformité fiscale (ECF) s’inscrit-il pleinement dans cette logique ?

D. C. : L’ECF s’inscrit pleinement dans cette dynamique de sécurisation. La profession s’est rapidement emparée de cette mission, qui renforce la relation de confiance entre l’entreprise et l’administration. Son déploiement reste toutefois perfectible, notamment parce que les cabinets sont mobilisés par d’autres transformations majeures : facture électronique, digitalisation, intelligence artificielle, dans un contexte de tension sur les ressources humaines. D’où l’intérêt de pouvoir s’appuyer sur des partenaires structurés.

Quel est l’apport spécifique d’Agaura dans le traitement des ECF ?

S. B. : L’apport d’Agaura repose sur la compétence technique de ses équipes et leur expertise de la fiscalité des TPE. Nous intervenons en coordination étroite avec les cabinets, selon les modalités qu’ils choisissent : en sous-traitance, sans visibilité auprès de l’entreprise, ou en cotraitance, Agaura étant alors identifiée comme intervenant technique. Cette souplesse permet à chaque cabinet de s’approprier la mission ECF tout en s’appuyant sur un partenaire sécurisé.

Au-delà de la technicité, la posture du partenaire est-elle un enjeu dans ce type de mission ?

D. C. : La posture est centrale. L’ECF participe à notre mission d’intérêt général : accompagner, sécuriser et fiabiliser les bases fiscales des entreprises. Lorsque cette mission ne peut pas être réalisée directement au sein du cabinet, une cotraitance ou une sous-traitance de qualité permet de maintenir le même niveau d’exigence. Les OGA de la région, et notamment Agaura, disposent de compétences solides et reconnues : s’appuyer sur eux, c’est faire le choix d’un partenariat de confiance.

Comment cette bienveillance se traduit-elle concrètement dans vos interventions ?

S. B. : Elle se traduit par une approche pédagogique et un dialogue constant avec le cabinet. Nous replaçons chaque situation dans son contexte, avec une attention particulière portée aux enjeux du dirigeant. Notre regard tiers permet aussi de prendre du recul. L’objectif n’est pas de relever des anomalies, mais d’accompagner l’amélioration des pratiques dans une logique constructive et sécurisante.

Agaura propose également des services qui dépassent le cadre strict de la fiscalité. En quoi cela valorise-t-il le rôle de l’expert-comptable ?

D. C. : Les services proposés par Agaura enrichissent l’offre globale du cabinet, sans jamais s’y substituer. Bilans et dossiers retraite, services mutualisés, plateformes d’achat ou appui technique sur des situations spécifiques : ces dispositifs répondent à des besoins concrets des clients. Ils renforcent la valeur ajoutée du cabinet en élargissant son champ d’intervention tout en sécurisant ses positions.

Les services complémentaires d’Agaura aux cabinets :

  • accompagnement dans certains besoins concrets des dirigeants : bilans et liquidation retraite, montée en compétences sur les sujets de gestion, ou solutions comme l’archivage légal à valeur probante ;
  • soutien dans des enjeux actuels : mise en place de la facturation électronique, tant au sein de la structure qu’au bénéfice de leurs clients ;
  • assistance dans l’identification des aides publiques mobilisables pour leurs clients ou prospects. Cet accompagnement peut aller jusqu’au montage et au suivi des dossiers auprès des organismes financeurs, constituant ainsi une prestation à forte valeur ajoutée.

Dans un contexte de transformation numérique et de généralisation de la facturation électronique, cette complémentarité devient-elle stratégique ?

D. C. : Elle devient incontournable. Environ 15 % des adhérents des OGA ne sont pas accompagnés par un expert-comptable : ces structures peuvent donc constituer une porte d’entrée vers la gestion d’entreprise. Avec la facturation électronique, la complémentarité crée des passerelles, facilite les échanges et permet d’accompagner plus largement les entreprises dans ces évolutions. Chaque acteur a sa place, et la coopération devient un levier d’efficacité collective.

Comment Agaura se positionne-t-elle face à ces nouveaux enjeux ?

S. B. : Agaura aide les entreprises à s’approprier ces évolutions, notamment la facturation électronique et la digitalisation des pratiques. Nous intervenons aussi auprès d’entreprises qui ne sont pas encore accompagnées par un expert-comptable, afin de structurer leurs pratiques et, lorsque c’est nécessaire, de les orienter vers un professionnel. Cette démarche s’inscrit pleinement dans une logique d’écosystème.

Certains cabinets craignent encore une complexité supplémentaire. Comment lever ces réticences ?

D. C. : Il faut être lucide : la facture électronique n’est pas, en soi, une mesure de simplification. Elle répond à une logique de performance administrative et de contrôle des flux. Les réticences viennent surtout des contraintes de mise en œuvre, des délais et du besoin de tester les solutions avant un déploiement massif. La réussite passera par l’accompagnement, la pédagogie et l’expérimentation.

Quels bénéfices concrets les cabinets constatent-ils aujourd’hui de cette collaboration ?

S. B. : Les cabinets constatent d’abord une meilleure sécurisation de leurs dossiers, en particulier sur les sujets fiscaux à enjeux. L’appui technique d’Agaura leur apporte un regard complémentaire et des réponses précises, sans alourdir leur organisation interne. Cette collaboration renforce aussi la relation client en apportant des solutions concrètes et en structurant l’accompagnement proposé. »

Quel message souhaitez-vous adresser aux cabinets ? « L’examen de conformité fiscale est une mission à forte valeur ajoutée, tant pour le client que pour la profession. Elle s’inscrit dans notre rôle de tiers de confiance et contribue à renforcer la relation entreprise-administration. Toutes les solutions permettant de déployer cette mission efficacement doivent être envisagées, qu’elles soient internes ou partenariales. Au-delà des modalités, l’essentiel reste la conviction. Il nous appartient collectivement de porter le sens de cette mission, d’en expliquer les bénéfices et d’en faire un véritable outil de sécurisation et de valorisation pour nos clients. » Damien Cartel